« Novembre » de Cédric Jimenez

5/5 !


Synopsis

Une plongée au cœur de l’Anti-Terrorisme pendant les 5 jours d’enquête qui ont suivi les attentats du 13 Novembre.

Critique

Après « Bac Nord » qui avait fait des remous en 2021, Cédric Jimenez revient à peine un an après avec « Novembre ». Plus qu’un style, c’est un engagement qu’impose le réalisateur. D’une pâte artistique controversée, il tire une nouvelle fois son épingle du jeu dans ce nouveau film, aussi instructif que préoccupant.

C’est la gorge nouée que « Novembre » nous replonge tête la première dans le cauchemar des attentats de ce vendredi meurtrier. Alternant images d’archives, vidéos amateurs et panique dans la cellule interne des services d’ordre d’état, l’introduction d’une dizaine de minutes nous rappelle les tristes souvenirs de cette soirée meurtrie.

Mais cette page pleine d’émotions n’étant qu’un repère temporel pour nous situer, le métrage bascule sans transition dans un intense thriller policier. Pas le temps de penser aux mouchoirs donc, puisqu’à peine l’onde de choc ressentie que la priorité pour les services de police est de trouver les assaillants encore en fuite dans la capitale.

Egale à lui-même, le réalisateur a cette volonté de nous inclure tête baissée dans cet esprit d’urgence et de tension permanente. Le traumatisme est vif, le bouleversement puissant mais le temps reste le pire ennemi de nos investigateurs. Les nuits sont courtes, la traque sans répit, ce qui donne lieu à des scènes vives sur lesquelles reposent un certain degré d’adrénaline. C’est dans cet esprit d’hypertension permanente que le film a été tourné.

Sûrement y a-t-il eu des travaux de recherches pour soigneusement retracer les évènements car, à l’instar de « Bac Nord », qui s’était accordé des harmonisations fictives, Cédric Jimenez prend cette fois-ci le parti pris de frôler la docu-fiction.

Côté casting, c’est dans un self-control permanent, que Jean Dujardin nous dévoile une nouvelle facette de son talent. Il incarne Fred, un leader qui ne s’héroïse pas, qui souhaite avancer le plus vite possible et surtout, qui sait s’entourer d’excellentes personnalités dans ses équipes.

Parmi elles, Inès. Interprétée par Anaïs Demoustier, actrice en ascendance, cette enquêtrice de terrain pleines d’ambitions est prête à sortir des sentiers battus. Elle tente à ses dépens d’improviser des méthodes peu conventionnelles au risque de faire renverser l’enquête.

Au gré de scènes intenses, « Novembre » ravive un traumatisme, celui d’un pays au bord gouffre. Bien que la société s’y soit aujourd’hui habituée, le film sonne comme le rappel d’une paranoïa qui a pénétrée notre quotidien. La menace de récidive était extrême, voire certifiée, et le réalisateur désigne clairement l’ennemi.

Rivalités entre les différents islams radicaux, communication franco-arabe, confusion entre voiles et cités, les perquisitions ont lieu dans des pays magrébins, auprès des familles des terroristes, mais aussi dans des mosquées fondamentalistes que fréquentaient les suspects… Dans cette guerre silencieuse, Cédric Jimenez brise le tabou d’une omerta moralisatrice et médiatique par un angle d’affront culturel clair !

Le processus de « Novembre » parait évident puisqu’il retranscrit la connexion qu’il y a eu entre les attentats du 13 Novembre et l’assaut de Saint-Denis du 18 Novembre, cinq jours plus tard. Nombreuses sont les anecdotes de cette intervention qui feront écho, notamment la mort d’un chien, l’explosion d’une femme radicalisée ou bien la destruction de cet immeuble de quartier.

La scène de l’assaut est d’une puissance et d’une violence sans nom. Entre larmes et frissons, les jambes tremblantes sous les bruits incessants des tirs, ce final sera le triste aboutissement d’un stress cumulé tout au long de cette traque. Et les larmes d’Inès, notre enquêtrice narratrice jusque-là impartial, traduiront le soulagement d’une première enquête qui touche à sa fin.

Dans le cinéma français, il est rare de vivre un film aussi proche d’un évènement qui a touché absolument tout le monde. A peine sorti en salles que « Novembre » raisonne déjà dans l’idéologie populaire comme un film coup de poing qui a le mérite d’être vu avec une attention particulière. Au-delà de faire partie de notre vécu commun, l’évènement est désormais inscrit dans l’histoire de France. Le succès en salles à venir est plus qu’évident…

1 Commentaire

  1. Kelita

    Excellente critique. En effet, ce film m’a énormément bouleversé. Je me suis sentie plongée dans les attentats. Film très convaincant

    Réponse

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