« Sans filtre » – Palme d’Or à Cannes, nominations aux Césars et aux Oscars, retour sur ce film à succès

4/5


Synopsis

Après la Fashion Week, Carl et Yaya, couple de mannequins et influenceurs, sont invités sur un yatch pour une croisière de luxe. Tandis que l’équipage est aux petits soins avec les vacanciers, le capitaine refuse de sortir de sa cabine alors que le fameux dîner de gala approche. Les évènements prennent une tournure inattendue et les rapports de force s’inversent lorsqu’une tempête se lève et met en danger le confort des passagers.

Critique

Après « The Square » en 2017, Ruben Östlund risque de s’habituer à la Palme d’Or avec ce nouveau film provocateur à succès. Politique, bien plus vif et incisif que le précédent, « Sans filtre » est, par son titre évocateur, une satire outrancière sur l’argent et le paraître.

Scindé en trois parties, le film se déroule dans trois environnements différents à connotation luxuriante. D’un restaurant haut de gamme en passant par une croisière privée pour terminer sur une île paradisiaque, le réalisateur s’éclate, se moque et se joue des rapports sociaux avec insolence. Jouissif !

Après un défilé pour l’une et un casting pour l’autre, c’est lors d’un repas au restaurant que nous retrouvons Carl et Yaya, couple d’influenceurs. Mannequins stériles aux intérêts vaniteux, c’est au moment de l’addiction que le dîner va virer au débat. Aussi aberrant que malaisant, l’échange interroge quant à l’importance de l’argent dans le couple.

Un complexe d’égo, notamment pour Carl qui pousse une crise de nerfs à l’extrême dans une scène qui se révèle longue. De la compréhension à la gêne ambiante, nos sentiments s’achèveront sur un rictus nerveux face au ridicule de la situation.

C’est ensuite sur une croisière ultra-luxe que nous retrouvons notre couple de « faux riches » lors de la seconde partie. Ayant gagnés ce voyage grâce à l’influence de Madame sur les réseaux, ces derniers se retrouvent parmi les plus grandes richesses du monde. Des fortunes peu catholiques pour la plupart, entre armes et drogues, la réalisateur, acide et moqueur, a intégré dans la matrice, un russe pro marxiste par pure provocation politique.

Alors que les passagers sont en plein dîner, cette aventure en bateau va se heurter à une violente tempête. Une catastrophe concrétisée par l’une des scènes les plus trash du cinéma. Vomi à outrance, défection à tout va, le film crache sa haine du riche sans complexe, dans une croisière qui s’amuse plus pour celui qui la regarde que pour celui qui la vit. Scène culte ultra clivante pour un public partagé entre deux ambiances : Il y a ceux qui rient et ceux qui crient !

Mais Ruben Östlund ne s’arrête pas là ! Toujours acerbe et cynique, il s’est amusé à créer une troisième et dernière partie plus politique mais aussi, plus récréative. En effet, alors que le paquebot a finit par se renverser, cette nouvelle histoire va se dérouler sur une île déserte aux côtés des rescapés de cette croisière ratée.

« Sans filtre » prend tout son sens et retire le voile d’un environnement superflu dans lequel les rapports de force vont s’inverser. Les riches, qui ont perdus leur confort et leur assistanat permanent, vont se retrouver démunis, alors que les domestiques et le personnel d’équipage, plus manuels, vont reprendre le pouvoir.

Ainsi, Iris Berben incarne la Responsable des toilettes du yatch nommée Thérèse. D’un jeu d’actrice exceptionnelle jusqu’à être méconnaissable physiquement, elle va s’affirmer en tant que Capitaine et prendre avec fermeté le contrôle du groupe une fois rescapée car elle est la seule sur l’île à savoir cuisiner, s’organiser, pêcher, faire du feu, ect…

Autre exemple de survie, et pas des moindres : Carl, le beau gosse influenceur. Sans ressources, il sait que seul son physique compte, et c’est avec cette carte qu’il va s’adapter dans chaque partie du film. Que ce soit au casting, au restaurant ou en croisière, l’exemple le plus criant sera sur l’île déserte dans lequel il va jouer de ses atouts pour satisfaire Thérèse, cheffe de clan, afin de se nourrir et d’approvisionner les autres survivants.

« Sans Filtre » est un regard machiavélique complètement assumé sur le capitalisme, les ultra riches, et les nouveaux bourgeois que sont les influenceurs. Bien qu’il y ait une confusion entre l’engagement politique du réalisateur et l’absurdité excessive du scénario, il demeure tout de même une ironie profonde sur l’échelle sociale de chacun selon l’évolution des contextes et de la société.

La réalisateur atteint donc la prouesse de faire un film intellectuel, tout en constituant un défouloir collectif autour de la haine des puissants, jusqu’à l’écœurement.

[Bande-annonce – Sans Filtre]

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